Pasteur Thibaud Lavigne

La sagesse garde l’avantage sur la folie ! – Ecclésiaste 1.12-2.14

Suite du message d’introduction sur l’Ecclésiaste : La vision de Salomon dans ce livre se veut en même temps réaliste et pleine de foi, une foi qui ne ferme pas les yeux mais qui réfléchit sur la réalité ; un regard lucide devant Dieu… C’est une œuvre de maturité qui doit nous faire grandir en maturité…

Lire Ecclésiaste 1.12 à 2.14   Trois points ici :

1) Même la sagesse a ses limites

Relire v.13 et 18 : l’idée n’est pas que la sagesse ne sert à rien ou qu’il faut arrêter de réfléchir,       Cf. je disais que lorsqu’on fait le ménage on sait que ça va se resalir après, pourtant on continue à nettoyer, il faut le faire…

Se pencher sur les réalités de ce monde, « tout ce qui se fait sous les cieux », est une « occupation pénible », mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le faire,

Le v.13 dit même que c’est une « occupation pénible à laquelle Dieu soumet les hommes » (première mention de Dieu dans le livre !!) ; Dieu ne nous appelle pas à être bête, à rester ignorant, à ne jamais réfléchir sur le monde, sur la société, son fonctionnement, ses logiques ;

Dieu nous appelle oui à utiliser notre intelligence, à développer notre sagesse, v.13 : à rechercher, sonder (aussi traduit : espionner = c’est donc une activité précise, avec une forte attention), peser toutes choses,

Mais quand on le fait, on s’aperçoit que c’est pénible, plus on médite sur les choses, plus on réalise aussi leur vanité, leur légèreté, leur inutilité,

Cf. « tout ce qui se fait sous le soleil » = sur terre, dans cette création, comme pour distinguer aussi ce qui est au-dessus du soleil, qui relève de Dieu, de l’éternité…

Cf. tout est vanité et « poursuite du vent » (c’est comme brasser l’air !) ;

On sent le vent, on peut l’utiliser même, mais il reste insaisissable quelque part ; ainsi on n’a jamais fini de tout découvrir… + et on découvre finalement de beaucoup de choses sont inconsistantes… v.15 « ce qui est courbé ne peut se redresser », il y a des choses courbées qui se redressent mais aussi beaucoup de choses courbées qui ne se redressent jamais… « ce qui manque ne peut être compté », les commentateurs politiques et sociaux ne cessent de compter, énumérer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qu’il faudrait faire autrement, « y’a qu’à, faut qu’on », et on n’a jamais fini de refaire le monde dans sa tête, sans que grand-chose ne change….

Certains diront peut-être : « oui mais c’est parce qu’ils font n’importe quoi ! » C’est pas faux, mais en même temps Salomon remarque lire v.16, même avec beaucoup de sagesse et de connaissance (science), cela reste « poursuite du vent » (v.17) !

Tout a ses limites sur la terre, même la sagesse ! On constate souvent les pb sans avoir de solution… c’est pourquoi, « avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur » (v.18) = Dieu veut qu’on réfléchisse sur les choses, mais la connaissance acquise ne rend pas forcément heureux !   Cf. avec les médias, nous sommes mieux informés des malheurs des hommes mais on ne peut pas y changer grand-chose… ce qu’on fait pour aider n’est souvent qu’une goûte d’eau dans l’océan…

On est mieux informé que jamais, mais pas forcément mieux armés pour faire face,

On n’est pas indifférent, mais on est souvent impuissant… on fait ce qu’on peut mais on souffre de ce qu’on ne peut pas…

Le chagrin, la douleur, ne vient pas de la sagesse ou de la connaissance, mais des choses de la terre que l’on connait… plus on sonde les choses de la terre plus on est déçu !

De le réaliser ne nous empêche pas de vivre sur terre et de continuer à observer ce qui s’y passe, mais cela détache le fond de nos cœurs de ce qu’il se passe sous le soleil…

1) Même la sagesse est limitée     2) Toutes nos expériences sont limitées

Déjà en 1.17 Salomon dit qu’il a appliqué son cœur à connaître non seulement la sagesse mais aussi « la sottise et la folie »,

Il ne s’est pas contenté de la sagesse, pourtant il en avait une bonne dose, il a voulu aussi connaître la folie… Au chapitre 2 il l’explique : relire 2.1, il a voulu être heureux, goûter au bonheur en touchant à toutes sortes de choses, en faisant toutes sortes d’expériences : relire v.3, il a livré sa chair au vin, il a fait des compromis avec ce qu’il savait être bien, juste pour voir ce que ça ferait, en essayant de maîtriser (v.3 « tandis que mon cœur me conduirait avec sagesse »)… il a multiplié les expériences, illégitimes et légitimes…

v.4 il a entrepris toutes sortes de choses, et en tant que roi il a pu faire plus que tout ce que nous pouvons faire et même plus : il a bâti des maisons, planté des jardins, créé des étangs, arrosé des forêts… il a fait tout ce qu’il a voulu, il a possédé tout ce qu’il pouvait : esclaves, troupeaux, argent, or, richesses… lire v.8 : il a aimé la musique, les femmes (en grand nombre)… il est devenu grand (v.9), le plus grand de son temps ! Prestige, gloire, renommée, reconnaissance…

Relire v.10 et 11 : Salomon ne dit pas que tout est nul, v.10 il dit qu’il a eu du plaisir dans son travail, mais finalement tout bien considéré, tout ce qu’il a fait sous le soleil, « tout est vanité et poursuite du vent », « il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait sous le soleil »… ça ne veut pas dire qu’il ne faut plus rien faire, mais ça implique d’être lucide, toutes nos œuvres, nos expériences, sont limitées !

Cf. on court après toutes sortes de choses, on veut avoir plus d’argent pour faire plus de choses, on aspire après de nouvelles expériences, de nouvelles possessions, mais le plus sage, celui qui a pu tout faire nous le dit : tout est limité, l’essentiel est ailleurs !

Cf. même avec beaucoup d’expériences dans la vie, on n’a pas tout vu, tant qu’on n’a pas trouvé Dieu…

Cf. tu passes ton temps à travailler, tu te casses le dos, tu détruis ta santé, tu sacrifies même ta famille, tu ne vois pas tes enfants grandir parce que tu as trop de choses à faire… puis tu te rendras compte que tu as fait tout ça pour pas grand-chose… n’attends pas de le regretter, réalise tout de suite les limites de ton action, ne sacrifies pas ta santé et ta famille…

Cf. tu pourras faire tout ce qui est possible sur cette terre, goûter à tout ce que tu veux, l’alcool, les sorties, l’argent, les filles, les garçons, les boîtes de nuit, les boîtes de jour, toutes sortes de musiques… finalement ce dont ton cœur a besoin c’est du Seigneur !

le plaisir ou le rire fait oublier la réalité pendant un temps, mais la réalité est toujours là… le travail même peut être une façon de fuir la réalité ou d’essayer de la modifier, mais en vain, ou si peu… Tout ce qu’on peut faire sur cette terre, c’est du pareil au même, c’est ce qui s’est déjà fait, seul le Seigneur ne nous laisse pas vide au final !

Ex. perso. Sorties du samedi soir, envie de recommencer, puis vendredi et samedi soir, toujours plus, puis expulsion de l’école, c’est tous les jours la fête, toutes les nuits dehors, mais le cœur est de plus en plus vide… seul Dieu a pu le remplir !

Le plaisir, et même le travail, toutes les expériences du monde, ne peuvent répondre aux aspirations profondes de l’être humain… Seul Dieu peut le faire !

1) Même la sagesse est limitée     2) Toutes nos expériences sont limitées

3) La sagesse garde l’avantage sur la folie

Après avoir goûté à tout, après avoir fait le constat de la vanité de toutes nos expériences et nos œuvres sur terre, Salomon dit quand même, v.13 : « j’ai vu que la sagesse a l’avantage sur la folie, comme la lumière a l’avantage sur les ténèbres » ! Quand même !

Dans toute sa folie, sa sagesse est demeurée avec lui (v.9) : alors qu’il faisait des bêtises, il savait qu’il faisait mal, il a voulu aller au bout, mais après s’être bien brûlé les ailes, il en vient à un constat essentiel si on ne veut pas se brûler les ailes nous-mêmes : la sagesse garde l’avantage sur la folie ! Notre sagesse est relative, mais elle est toujours plus précieuse que la folie…

v.14 : « le sage a ses yeux à la tête ou dans la tête » (litt.)… il a les yeux en face des trous, il sait se diriger… contraste avec le v.10 maîtriser ses yeux, maîtriser ses désirs…

On parle souvent des yeux du cœur, mais il y a aussi « les yeux dans la tête » ??, c’est-à-dire à leur place, ne pas avoir les yeux au bout de la terre, trop loin, ne pas voir trop grand… avoir les yeux sous contrôle… passer tout ce que l’on voit au filtre de l’intelligence… regarder à l’intérieur, se regarder sois même, savoir se remettre en question… savoir diriger son regard, ses projets dans la bonne direction… les yeux, là où on veut aller, que ça soit orienté par la tête, l’intelligence…

Avec la sagesse on voit clair, alors que l’insensé (celui qui n’aime pas réfléchir : Prov.18.2) s’égare dans ses ténèbres, il ne sait pas se diriger…

Cf. n’attends pas de faire toutes les expériences de la vie, tu en sais assez pour dire « c’est toi Seigneur que je veux » ; ne continue pas sur une voie qui ne te mènera qu’à la vanité, privilégie la sagesse sans passer par la folie… c’est ce qui a terni la vie de Salomon, tirons une leçon de sa vie, ne faisons pas comme lui…

Cf. on entend souvent : « il faut qu’il fasse ses expériences », ce n’est pas faux, il y a des choses qu’on ne réalise qu’en les vivant ; ex. le feu ça brûle, quand on met le doigt dedans on s’en souvient… mais il vaut mieux éviter de se brûler, si on peut éviter de se jeter tout entier dans le feu et de cramer c’est mieux !

La sagesse garde l’avantage sur la folie : sois sage ça ira mieux pour toi…

Cf. on se tourne vers Dieu, soit parce que le malheur nous frappe alors on voit la vanité des choses et demande le secours de Dieu ; soit comme Salomon on a été au bout des choses et on constate qu’elles ne nous ont pas apporté le bonheur espéré…

Fais la différence, tourne toi vers Dieu car tu as compris aujourd’hui que tu as besoin de lui ! N’attends pas l’échec, n’attends pas d’aller au bout de tes capacités, de ton travail ou de ta jouissance, sois sage, reconnait tout de suite combien tu as besoin de Dieu dans ta vie…

Citation de Pascal (génie des maths et croyant en Christ) : « la connaissance de Dieu sans celle de sa (propre) misère fait l’orgueil. La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu, parce que nous y trouvons et Dieu et notre misère » !

Réalisant à la fois la grandeur de Dieu et la misère humaine, nous voulons nous placer du côté de Dieu… « Seigneur, révèle-nous à la fois Dieu et notre misère »…

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