Pasteur Thibaud Lavigne

Vivre la vie telle qu’elle est – Ecclésiaste 1.1-11

83780721_o[1]L’Ecclésiaste désigne quelqu’un qui participe à l’assemblée, peut-être qui la rassemble ou qui y exerce une fonction ; l’idée est la même en hébreu, Qohélet (nom féminin du verbe assembler, rassembler). Il ne s’élève pas au-dessus des autres, mais il fait partie d’un collectif, de l’assemblée de ceux qui aiment le Seigneur et sa sagesse.

Cf. c’est important d’inscrire ses pensées et réflexions dans un collectif, de fuir l’individualisme et la solitude : on peut se mettre à part pour réfléchir pendant un temps, mais on ne réfléchit pas seul, sans lien avec les autres… aussi sage qu’on soit, on fait partie d’une assemblée, qu’on respecte, dans laquelle et à partir de laquelle on agit…

Qui est-il cet Ecclésiaste ? Salomon, v.12 j’ai été roi d’Israël à Jérusalem, le contenu le fait reconnaître.

Cf. les rabbins disent que Salomon aurait écrit le cantique des cantiques dans sa jeunesse (passions de la jeunesse, peut-être lors de ses premiers amours ou lors de son mariage), les Proverbes à l’âge de la maturité, et l’Ecclésiaste à la fin de sa vie : c’est possible, car au chapitre 2 il décrit un certain nombre d’expériences dont il est revenu semble t-il à la fin (chap.12)…

L’Ecclésiaste serait le témoignage (essentiel et unique) d’un Salomon repentant après avoir mal tourné, tirant les leçons de ses erreurs et de tout ce qu’il a vu dans la vie…

Ecoutons bien l’enseignement d’un homme si sage, avec tant d’expériences dont il a su tirer des richesses à nous communiquer… souvent ses propos sont le fruit d’observations, de vécu… mais c’est aussi et surtout le fruit d’une sagesse surnaturelle qu’il avait reçue de Dieu (et qu’il n’a jamais perdue malgré ses erreurs)…

La lecture de l’Ecclésiaste a suscité des interprétations très différentes : certains le considèrent comme Un philosophe pessimiste ? Un sceptique ? Un bon vivant ? Un perpétuel chercheur qui ne trouve jamais ? Un incrédule qui n’a pas tout compris ? Mais il semble plutôt qu’on a affaire à une homme de foi qui se montre réaliste !! C’est une façon d’allier foi et réalisme…

Oui c’est un homme de foi : 40 références à Dieu, contre 38 fois vanité…

7 fois il revient sur la crainte de Dieu, tout le long (3.14, 5.7, 7.18, 8.12-13, 12.13) ;

Mais en même temps, il se montre très lucide, il sait que la foi ne nous élève pas au-dessus des autres, la foi ne nous donne pas une vie plus facile ou plus difficile, elle nous aide à affronter les mêmes réalités terrestres, humaines, tout en nous ouvrant aux réalités spirituelles, célestes…

L’Ecclésiaste enseigne une manière de vivre responsable, sans illusions…

Un auteur a appelé son commentaire de ce livre biblique : « Pour apprendre à vivre la vie telle qu’elle est » ! C’est l’idée que l’on reprend ici :

« Il ne dit pas « voilà la vie sans Dieu, tournez-vous vers lui », mais « voilà la réalité pour tout homme et quelques conseils pour y faire face ». Quand il parle du bonheur, il ne dit pas : « il n’y a rien de bon dans ce monde, ce qu’il faut c’est se tourner vers Dieu », mais plutôt : « il y a du mauvais et du bon dans la vie, il faut savoir profiter du bon au milieu de ce qui est mauvais » ! »

C’est une perspective un peu inhabituelle dans la foi, mais une perspective biblique aussi…

Il ne parle pas que sous l’angle de la foi, il décrit souvent la réalité tout simplement, cette réalité à laquelle on est confronté et qu’on ne peut pas toujours changer, qu’on doit simplement comprendre, et quelques fois il donne des conseils pour bien vivre cette réalité…

On dit souvent que si le thème central du livre de Job est ? la souffrance, le thème majeur de l’Ecclésiaste est le bonheur !… le bonheur oui mais pas théorique, idéalisé, sans ignorer les conséquences de l’entrée du péché dans le monde… c’est dans un monde déchu qu’il va falloir chercher à être heureux avec Dieu… quand on a trouvé Dieu, le monde est encore déchu…

Par exemple, l’Ecclésiaste rappelle des réalités issues de la chute déjà révélées par la Genèse :

Dieu a créé l’homme droit mais l’homme a cherché bien des détours ;

il revient sans cesse à la mort comme à un retour à la poussière ;

il souligne que le travail de l’homme est quelque chose de pénible…

en tant qu’homme de foi, il regarde la vérité en face et se nourrit en même temps des Ecritures pour bien comprendre la réalité… il nous invite à vivre dans le monde tel qu’il est depuis la chute, en acceptant nos limites, sur le plan physique, au niveau de la compréhension…

Il nous propose une sagesse pratique qui ne s’oppose pas au reste de la Parole de Dieu, aux promesses de Dieu qui restent toujours vraies, mais qui confronte la foi à la réalité et la rend ainsi plus juste ; la réalité peut paraître fragiliser la foi mais bien comprise, acceptée et bien vécue elle nous fait mûrir

C’est un effort de mise en œuvre de la foi de l’Ancien Testament dans la vie réelle et quotidienne, dans les circonstances complexes de la vie… Bien sûr, nous avons Jésus, le Nouveau Testament, et ça change beaucoup de choses ! Pourtant, tout ce qui a été écrit a été écrit pour notre instruction, nous avons beaucoup de choses à y apprendre, pour vivre nos vies dans le miroir des Ecritures…

Cf. chez les juifs, la lecture de l’Ecclésiaste à la synagogue se fait chaque année lors de la fête des tabernacles (huttes, cabanes), souvenir des conditions de vie au désert, comme pour nous dire que le message de l’Ecclésiaste est bien approprié à notre pèlerinage dans le désert de cette vie en attendant le ciel

Parmi les expressions que l’Ecclésiaste utilise, la plus célèbre est certainement : « vanité des vanités dit l’Ecclésiaste, tout est vanité » (v.2) !

Le mot traduit « vanité », hevel en hébreu, désigne ce qui est dérisoire (Semeur), décevant, fragile, peu consistant, fugace, futile, vulnérable, voir insignifiant, illusoire, misérable (à cause du péché) ou déplorable selon les contextes…

« Vanité des vanités » renforce l’idée : vanité au plus haut point, vanité à l’extrême !

« Tout est vanité » = tout ce qui se fait sous le soleil, dans cette vie, sur cette terre, tout est limité et décevant… bien sûr la foi a accès à des réalités plus grandes, éternelles, mais on reste sur cette terre et on continue à constater la futilité de beaucoup de choses…

Cf. 3000 ans après en France au 21ème siècle, Jean d’Ormesson a écrit : « nous avons fait presque tout ce que nous étions capables de faire – et, en fin de compte, presque rien » (Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont, 2010, p.15),

Question du v.3 (relire) : beaucoup de peine, d’efforts, de projets, d’entreprises, pour peu de choses souvent… il reposera la question en 2.22 et 3.9, mais là, on le verra, sans rien enlever à la vanité de toutes choses, il soulignera aussi des choses positives : tout n’est pas négatif, la vanité/le péché est partout, mais il reste encore des choses précieuses…   = plus on voit la vanité des choses, plus on s’en détache, plus on se recentre sur l’essentiel !

Faire des efforts n’est pas inutile, mais on est rarement récompensé pour tous ses efforts: si on ne travaille que pour du résultat, on constate qu’il est relatif, partiel, limité, souvent insuffisant… on n’échappe jamais complètement à la condition terrestre misérable issue de la chute, même sauvé on fait l’expérience de la frustration, des déceptions…

Cf. des fois on voudrait changer le monde, chaque génération peut faire évoluer les choses, chaque génération a la responsabilité de réorienter ce qu’elle peut dans le bon sens, mais au final les générations se succèdent et beaucoup de choses restent pareil : lire v.4-7,

Cf. ce n’est pas un appel à la passivité, l’activité est un précieux trésor, c’est l’Ecclésiaste qui le dit, mais on ne refera pas le monde : nous devons agir – l’Ecclésiaste a fait beaucoup de choses, trop des fois -, mais sans l’illusion qu’on peut tout changer, dans la joie de ce qu’on peut faire, en acceptant ce qu’on ne peut pas faire

Ex. les progrès techniques, c’est vrai, c’est bien (on est content d’avoir un frigo, une machine à laver le linge et la vaisselle même), mais tout continue à se salir, à pourrir ; le cœur de l’homme a-t-il changé ? Est-il meilleur ? Sa condition sur terre reste marquée par la vanité…

Cf. on a des objets connectés de plus en plus, et sommes nous meilleurs ? Ca change la vie d’un côté, mais d’un autre côté ça créé de nouveaux problèmes et ça ne change pas vraiment la condition humaine dans le péché et la vanité…

On ne nie pas les progrès, il faut toujours essayer d’en faire, mais « plus ça change, plus c’est pareil » (v.8-11)… l’homme agence au mieux ce qu’il a, mais c’est Dieu qui fait du nouveau !

Esaïe 43.19 : « JE vais faire une chose nouvelle, sur le point d’arriver : ne la connaîtrez-vous pas ? Je mettrai un chemin dans le désert, et des fleuves dans la solitude… »

Esaïe 65.17 : « JE vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre : on ne se rappellera plus les choses passées, elles ne reviendront plus à l’esprit »

Dieu seul, le créateur, fait des choses nouvelles… La maturité spirituelle nous détache des choses de la terre, qui passent, pour s’attacher aux choses que Dieu fait !

Prière : « je veux vivre ma foi dans la vraie vie, sans illusions et sans incrédulité, sans me cacher les yeux et sans me désespérer, agir dans la lucidité, avec détermination, pas pour une récompense, un résultat toujours illusoire, mais pour Dieu, par amour, en me détachant des choses de la terre pour m’attacher aux choses du ciel… »

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